Sicard de Montaigu fut évêque de Cahors de 1294 à 1300

Sicart de Montaigu était le plus jeune de cinq frères: l'aîné Arnaud de Montagu fut baron de Montaigu (Montaigu de Quercy); Armand de Montagu fut baron de Mondenard et en transmit le nom à sa descendance, Bertrand de Montagu fut notamment Abbé de Moissac et Gaillard de Montagu, Abbé de Figeac et fondateur de Sérignac sur Garonne en parité avec Gaston de Béarn, vicomte du Bruilhois. La biographie de l'évêque Sicart a été publiée par Maurice ONFROY dans son livre sur Montaigu de Quercy. Sicart fut aussi baron de Mondenard après son frère Armand et avant son neveu Bertrand.

Pourquoi son épitaphe dans la cathédrale de Cahors ne fut écrite qu'en 1646 ? 

Sicardus1  Cette carte postale a été éditée à partir d'un cliché pris avant 1979, car depuis la tête a été volée!!! Cependant des recherches plus récentes ont montré que l'attribution du gisant à Sicart de Montaigu était douteuse et qu'il s'agissait plus probablement de son prédécesseur sur le trône épiscopal Raymond de Cornil. Le gisant de Raymond de Cornil aurait par conséquent été décoré d'une épitaphe étrangère à sa personne.

Sicardi de MonteAcuto episcopi Cadurcensis Insulata effigies, quam stratam sternis, devote lector, suppositos hoc sarcophago, injuria temporum obliterato adumbrat cineres extremo servandos judicio, proestantissimi quondam proesulis Cadurcensis, Sicardi de Monteacuto.

Une longue épitaphe en latin accompagnait autrefois le tombeau supposé (sarcophage) de Sicart de Montaigu ( de Mondenard) dans la cathédrale de Cahors. Nous en proposons la traduction en quatre parties:

1 -"Pieux lecteur, le gisant que vous voyez, le front orné d’une mitre, recouvre en ce sarcophage usé par le temps, les cendres d’un prélat autrefois célèbre, conservées pour le moment du jugement dernier: Sicart de Montaigu, évêque de Cahors.

Si quoeris curiose defuncti parentes nobilibiis Vitali de Monteacuto, milite et Hermengardi de Montelanardo satus, stemma nobilitatis ex Alexandro ataro, filio Hugonis secundi ducis Burgundioe, inclyto Capetorum sanguine splendidus, et ex Margareta uxore Alexandri, filia et hoerede Lamberti comitis de Monteacuto. Remensis diocesis, filii celeberrimi comitis Cononis, agus felicis et pie censilio capta fuit Hierusalem a Godefredo Buillonco duce Lotharingo, illius sororio, magni Bonifacii Corsicoe insulae, markronis et comitis Emperitani, qui sub Ludovico pio in Africa Vandalis quinquies aperto Marte profligatis; orbein Christianorum serravit, illustri semine clarus.

2 - « Si vous avez la curiosité de connaître ses parents, il est né, origine splendide, par le sang illustre des Capétiens, de Vital de Montaigu et d’Hermengarde de Mondenard.

 « Son arbre généalogique le fait descendre de son aïeul, Alexandre, fils d’Hugues, deuxième Duc de Bourgogne et de Marguerite, femme d’Alexandre, fille et héritière de Lambert, Comte de Montaigu du diocèse de Reims, fils du très célèbre Comte Conon dont l’heureux et pieux conseil fut cause de la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, Duc de Lorraine, son compagnon ; il est aussi célèbre par l’origine illustre du grand Boniface de l’Ile de Corse, Marquis et Comte d’Empories, qui, sous le règne de Louis-le-Pieux, sauva le monde chrétien en battant les vandales, en Afrique, en cinq batailles rangées.

Si gesta serre ares, ex archidiacono hujus cathedralis ecclesioe, titulo Montpezati  autistes factus, jurisem et honorum sponsoe acerrimus vindex fuit et bren, quo sedit tempore, quinque nempe annis, dotem immane auxit quam plurimis damnis per nora releria a vastis rebellibus evendicatis, ut codex episcopalis testatur. Inter quoe baronia Castrinori Ratierii et vicecomitatus Lautricensis fuerunt, cujus viccecomitem Amalricum apud Lautrecum gloriosus proesul manu propria militari ordine insignivit. Deinde castrum Montipezati de noro extruxit dynastia Montilanardi, non ignoti hujus patriae nominis, fisco regio jam pridem incursa a rege Philippo pulero donatus tanquam privata persona; hanc Armando de Monteacuto milite ex Bertrando fratri nepoti; tabulis testamentariis hereditary mancipavit. Qui assumpto Montilanardi cognomina in his Aquitaniae partibus nobilissimam Montislanardi familiam latissime propagavit.

3 - « Désirez-vous connaître les actes de sa vie ? D’Archidiacre de cette cathédrale, titulaire de Montpezat, fait Evêque, il fut le défenseur le plus ardent des droits et des honneurs de son épouse spirituelle; peu de temps après qu’il fut consacré, c’est-à-dire cinq ans après, il en augmenta beaucoup les biens qu’il améliora en punissant de nombreux révoltés qui avaient causé beaucoup de préjudices ainsi qu’il est établi dans le registre de l’évêché : la baronnie de Castelnau-Montratier et la Vicomté de Lautrec firent partie de ses biens. Glorieux évêque dans l’ordre militaire, il fit chevalier , Aymeric, Vicomte de Lautrec. Ensuite, il construisit de nouveau le château de Montpezat après avoir été personnellement gratifié par Philippe-le-Bel de la Seigneurie de Mondenard, nom connu de ce pays ; cette seigneurie était depuis longtemps tombée dans le Trésor royal, il l’a transmise par testament à titre héréditaire à Armand de Montaigu, homme de guerre, son neveu, fils de Bertrand son frère. Armand de Montaigu prit le nom de Mondenard et perpétua largement la famille de Mondenard dans cette partie de l’Aquitaine.

Quid amphus? Hanc sacram oediculam divo Blasio episcopo et martyri dicatam de sue condidit, ubi corpus condi voluit. In extremis positus, plebi suoe hujus civitatis ad limina episcopalis. Palatii turmatim convolanti, et veniam commissi recentis flagitii crebris gemitibus a suo expirante Pontifice deprecanti, milissimus proesul, per archidiaconos benigniter imperitiri jussit; Sie qui sancte et proeclare vixerat, pie in Domino quierit, anno incarnati verbi MCCC.

4 - « Que désirez-vous savoir encore ? Il fonda de ses deniers, cette chapelle sacrée dédiée à Saint-Blaise, évêque et martyr ; il voulut y être enseveli. À ses derniers moments, évêque très bon et très bienveillant, il donna mission à ses archidiacres de faire part de son pardon, pour de récentes fautes, au peuple de cette ville qui était accouru au seuil du palais épiscopal pour implorer en ses lamentations répétées, son évêque expirant. Ainsi, lui qui avait vécu saintement et d’une manière illustre se reposa dans le sein de Dieu en l’année 1300 du Verbe incarné. 

Manibus tauti pontificis hoc encomium funebre suo magno labore ex quisitum Joannes, Arnaldi ex Anna Montelanardi serus longa serie nepos, sero, sed devote posuit postquam venerabilis vir dominus Henricus Oruntius, hujus cathedralis ecclesiae canonicus, eximia qua pollet pietate hanc sacram oediculam suis sumptibus, noro schemate interpolari curavit, hoc albo opposite relicto, anno apothesis hominis MDCXCVI

5 - Jean, fils d’Arnaud, neveu éloigné par une longue suite de générations et par son aëule Anne de Mondenard composa tardivement mais pieusement ce remarquable panégyrique funèbre par de belles œuvres et dédié aux mânes d’un si grand évêque. Il le composa, après que le Seigneur Henri Oruntius, vénérable homme de bien et chanoine de cette cathédrale, qui brillait d’une rare piété eut pris soin de réparer à ses frais et d’après une nouvelle forme cette chapelle sacrée. Cet écrit fut réellement fait en l’année de l’apothéose de l’Homme, 1646. »

(Page 22 in “Instrumentis”  de la Gallia Christiana)

Le portrait de Sicart de Montaigu, comme de nombreux portraits des évêques de Cahors sont de pure invention.

Le Père Anselme dans la Généalogie Montagu Volume VI montre qu'il connaît cet épitaphe, voilà ce qu'il en pense:
La tradition prétend que Sicard de Montagu qui était archidiacre de Montpezat dans le chapitre de Cahors fut élu évêque de cette Église le 7 mars 1293 et qui mourut en 1300, était arrière petit fils d'Alexandre de Bourgogne et de Marguerite, fille et héritière de Lambert, seigneur de Montagu au diocèse de Reims. On nomme le père de ce prélat, Vital de Montagu, chevalier, mari d'Ermangarde de Montlanard dont il eut aussi un autre fils que l'on appelle Armand ou Bertrand, seigneur du château Lienard, qui fut père d'Armand à qui son oncle l'évêque donna la seigneurie de Montlanard, dont il prit le surnom et laissa postérité en Guyenne. C'est ainsi qu'il en est parlé dans l'épitaphe dressée avec un nouveau tombeau à Sicard, évêque de Cahors l'an 1646 où l'on dit qu'Alexandre son bisaïeul, mari de Marguerite de Montagu, était fils d'Hugues, duc de Bourgogne, que l'on qualifie IIe du nom. Le père Sainte-Marthe l'a rapporté en entier dans la Gallia Christiana.

Sicardus2

Le texte de la Gallia Christiana est plus sobre que le texte de l'épitaphe:

Sicardus de Monte Acuto frater Armandi, Bertrandi equitis castri Lienardi toparchoe, post interpontificium 5 mensium circiter  e canonicoram gremio ad insulas vocatur an 1293 die 7 Martii de cujus majoribus magnifica narrantur in inscriptione ipsius tumulo non ita pridem afflixa, quam inter instrumenta duximus referendam. Nobiles de clienteloe juramentum adegit Sicardus ut cathedram adeptus est Aureliacensi concilidad fuit III cal. Oct an 1294.

Cum  capitulo disceptavit, pro spolus sui bonis canonicorum qui ab intestato decedebant d an 1297. Hospitio Bellilocensi cujus loci religionem et pietatem longa dedicerat experientia ecclesiam de Joannace donavit castrum Montispensati ex veteri novum fecit Anno 1299. Mors ejus adseributur, quo anno memoratur adhuc sedens III idus Maii in tabulis beate Mariae Deauratoe, item in charta ecclesiae Sarlatensis, pro prioratu de Gordonio. Dat    die lune in festo Beati Matthoei apostoli an Domini MCCLXXXXIX

Frequens est ejus memoria in tabulis Cairaci quibus etiam docemu sedem vacasse Caturcensem dii Sabbati, post festum B. Martini hiemaliis anno 1300. Ceterum jacet Sicardus in templo Sti Stephani sub tumulo lapideo, apposita pontificiis effigie ornota, cui anno 1646 inscriptio encomium hujus episcopi continens est addita de quo jam monuimus. Notat Guillelon Crucens, Philippum regem bona sedis vacantis intacto religuisse capitulo.

Pourquoi cette épitaphe apparait en 1646 ? 

En 1646 l'évèque de Cahors est Alain de Solminihac; son projet principal est de faire disparaitre le protestantisme de son doicèse par tous les moyens. Pour cela il encourage ses prêtres à prendre des initiatives. Le chanoine Henri d'Oronte veut convaincre les familles nobles du diocèse dont beaucoup ont des alliances avec les Montaigu, les Lautrec, les Montpezat, les Castelnau-Montratier et les Mondenard qu'ils ont une ascendance royale et que par conséquent ils se doivent de rester dans la religion du roi Louis XIII et de leurs pères et d'y revenir s'ils avaient pris le chemin du protestantisme. N'oublions pas que Louis XIII avait été obligé de lever le siège devant Montauban en 1621 et qu'Alain de Solminihac fut choisi pour extirper le protestantisme de Cahors et de sa région. Alain de Solminihac avait un sens inné de la communication et utilisait notamment les méthodes protestantes initiées par Martin Luther qui traduisit la Bible et prêchait en langue vernaculaire un siècle plus tôt. L'évêque de Cahors  demande à ses prêtres de prêcher en occitan et il répand des catéchismes pour les fidèles écrits dans cette langue. Il investit aussi beaucoup dans le social: institutions hospitalières, charitables, éducatives qu'il confie à des ordres religieux. Mais pour la noblesse le latin sur une épitaphe est plus aproprié.

Nous ne savons pas quand cette épitaphe erronée a été retirée de la cathédrale de Cahors. Elle devait être encore présente au milieu du XVIIIe siècle car le Doyen des Chanoines de Notre Dame de Paris, Flotard de Montaigu de Cremps croyait toujours à une origine Bourguignone et royale de sa famille. Il avait même convaincu les Montaigu de Beaune de leur origine commune et cousinait avec eux. Ce n'est qu'après des recherches généalogiques et la consultation de chartes du comté de Toulouse qu'ils découvrirent une origine certes ancienne, mais quercynoise. L'ouverture du tombeau en 1784 mit un terme à cette méprise.

Ce qu'en dit l'historien Guillaume Lacoste : Histoire générale du Quercy Tome 2 pages 406-7

Mort de l'évêque Sicart de Montaigut

Sicard de Montaigut revint malade de Souillac. Il mourut après le 10 juillet 1300, car il est dit dans une charte du monastère de Cayrac qu'il siégeait encore à cette époque. Nous croyons que ce prélat ne mourut que dans le mois de novembre suivant. Il fut inhumé dansl'église cathédrale. On déposa son coeur dans une urne, dont on fit présent à l'église de Montpezat qu'il avait réparée et enrichie. On n'est pas d'accord sur le véritable lieu de la sépulture de ce prélat. S'il faut s'en rapporter à son épitaphe, qui contient un abrégé de sa vie et une courte notice sur la noblesse de sa famille et ses principales alliances, Sicart de Montaigut repose dans la chapelle de Saint-Blaise et Sainte-Catherine , qu'il avait lui-même fondée. Mais cette épitaphe est trop moderne pour être de quelque autorité; elle n'est que de l'an 1646 (1). Pour nous, nous croyons avec fondement que ce prélat repose dans la chapelle de la Sainte-Vierge et nous en trouvons la preuve dans son testament, où il la désigne pour le lieu de sa sépulture et dans l'acte de la fondation de deux chapellenies que Raymond Panchelli, son successeur,, fit dans l'église cathédrale. Celui-ci veut que les deux prêtres titulaires de ces chapelles célèbrent la messe l'un à l'autel de la chapelle qui a été érigée par l'évêque Raymond de Cornil et où ses cendres reposent, l'autre dans celle de la Sainte Vierge où est inhumé le seigneur Sicard, de bonne mémoire, autrefois évêque de Cahors (2).

Il est au contraire certain, et c'est l'opinion de l'abbé de Fouilhac et des autres savants de la ville de Cahors, que Raymond de Cornil fonda la chapelle de Saint-Blaise et de Sainte-Catherine et que le tombeau qu'on y voyait est le sien, quoique l'épitaphe soit celle de Sicart de Montaigut (3)
Notes:
(1) Henri d'Oronce, chanoine de Cahors, (...) ayant fait réparer cette année cette chapelle à ses dépens, on y trouva un sarcophage que l'on prit pour celui de Sicart de Montaigut. Sur cela Jean-Armand de Mondenard de la maison de Montaigut, fit faire l'épitaphe dont nous parlons. On la grava sur le sarcophage et on en envoya une copie au chapitre de Montpezat, afin qu'elle fut mise dans la chapelle du Saint-Sacrement de l'église collégiale au-dessus du monument qui avait été élevé à la mémoire de l'évêque et qui renfermait son coeur. Sicard y était représenté en bosse, couché et de grandeur naturelle.
(2) G. de Lacroix Séries épiscopales cadurciennes pp 158-9
(3) On l'ouvrit en 1784, lors des réparations et des changements que la fabrique fit faire aux chapelles de la cathédrale. Le corps de cet évêque fut trouvé presque entièrement revêtu d'un drap violet, très fin et très moelleux. Le peuple le mit en lambeaux, le prenant pour le vêtement d'un saint.