UN MARIAGE À L'ORIGINE DE TROIS BRANCHES

Les barons de Montagu et de Mondenard avaient leur souche en Quercy sur la rive droite de la Garonne, entre Moissac et Cahors. Qu'est ce qui a pu inciter un cadet de la maison de Mondenard à se marier au début du XVe siècle de l'autre côté de la Garonne en Bruilhois ?

Quelques liens remontaient au XIIIe siècle, Gaillard de Montagu, frère d'Armand de Montagu de Mondenard du temps où il était Abbé de Figeac, et administrateur du prieuré bénédictin de Layrac, fonda la ville de Sérignac-sur-Garonne avec Gaston de Béarn, vicomte du Bruilhois en 1277. D'autres liens préexistaient entre les Mondenard et les Révignan depuis le début du même siècle, unis dans une même opposition à la croisade de Simon de Montfort. 

Des mariages avaient été célébrés, par exemple entre Alairix de Mondenard et Raymond de Sédillac Seigneur de Saint-Léonard au diocèse de Lectoure, Garcie descendait par sa mère, Brunette Du Bouzet des Seigneurs de La Chapelle.

Sur le plan politique les Mondenard et les Durfort s'étaient rangés sous la bannière des comtes d'Armagnac qui soutenaient le roi de France contre les anglais. Si Garcie avait donné à trois de ses fils sur quatre le prénom de Jean, c'est que les comtes d'Armagnac se prénommaient Jean, de même que le frère aîné de Garcie. Du fait de sa longue vie, estimée à plus de cent ans, Garcie a connu Jean III, Jean IV et Jean V d'Armagnac. Or le Bruilhois se trouvait à la frontière entre la Gascogne anglaise et la Gascogne française. Jean V d'Armagnac dans sa disgrâce devant le roi de France après la Guerre de Cent Ans n'entraîna pas ses vassaux dans sa chute.

C'est ainsi que Garcie co-seigneur de Montjoi près d'Andas et de Castelsagrat se maria à Miramonde d'Albret fille de Garcie-Arnaud d'Albret, seule héritière à la mort de ses frères, de la baronnie de Moncaut, qui lui venait de Mathe de Révignan sa mère, d'une partie de Sainte-Colombe, de nombreux fiefs secondaires à Laplume et dans les environs et de la Seigneurie de Roquelaure près de Lamontjoie. La Seigneurie d'Estillac fut achetée par Garcie aux de Galard en 1447, cette vente fut contestée, mais confirmée aux héritiers par jugement du 23 février 1492. Ils possédaient aussi le châtau d'Augé près de Laplume, ainsi que le fief de Martet qu'ils vendirent en 1458 à Jean de Tours. L'ensemble de leurs possessions était considérable. Ils les répartirent de leur vivant entre leurs enfants.

Carte Cassini: Sainte-Colombe au Nord, Estillac nord-est, Moncaut au sud de Sainte-Colombe, et en descendant Laplume, Lamontjoie et enfin Roquelaure.

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Le Dictionnaire de la noblesse de LaChesnaye-Desbois donne les informations principales sur le couple et sa descendance, mais comporte quelques erreurs sur leurs descendants. Une présentation plus complète est nécessaire, elle fera suite à l’extrait du Dictionnaire de la Noblesse ci-dessous, article Montagu de Quercy.

VII. Garsie ou Garcie De Mondenard ( exprimé dans tous les actes latin Garfiotus ou Garcias ), fut apanagé, par son père, de quelques biens et droits sur la Terre de Mondenard, qu'il a transmis à ses defcendants par son testament, rapporté ci-après. Il épousa, au commencement du XVe siécle, Miramonde d Albret, Dame d'Estillac , de Roquelaure, de Moncaut en partie, de Sainte-Colombe , et de plusieurs autres Fiefs dans les Terres circonvoisines : ledit Garcie acheta un Moulin le 16 Août 1407.  Or comme dans le contrat d'achat il est qualifié Baron de Moncaut et Seigneur de toutes les Terres ci-dessus, il est évident qu'il estoit marié avant l'époque de ce contrat. Miramonde d'Albret, son épouse, par son testament du 8 Juillet 1473, fit beaucoup de fondations et de legs pieux, entr'autres, elle fonda une Chapelle à l'endroit où elle devoit être enterrée, désigné près du grand Autel de l'Eglise des RR. PP. Prêcheurs de la ville d'Agen, au même endroit où avoient été enterrés les Seigneurs Cardinaux de la Pierre, prétendant que ce tombeau leur étoit commun.  Elle dota ladite Chapelle, à charge d'un Obit solennel, à perpétuité, au jour anniversaire de son enterrement. Elle apanagea ses cinq enfants, et laissa tous ses autres biens à Garcie de Mondenard, son mari, pour les régir et en disposer en bon père de famille. Ledit Garcie fit aussi son testament le 7 Avril 1487, dans lequel il est qualifié noble & puisant Seigneur. Il partagea entre ses enfants, tant les biens. Terres et Fiefs à lui donnés par fa femme, que les siens propres. II eut fa sépulture dans le même tombeau que son épouse, et fit aussi plusieurs fondations, nommément une grand'Messe de Requiem pour tous les jours de l’année, à perpétuité , dans la même Eglise des Dominicains; une autre pour trois Messes par semaine dans celle des Augustins; une autre dans la Collégiale de Saint-Caprais, &c. Le grand nombre de fondations, de legs pieux et leurs pompes funèbres ordonnées dans leurs testaments, donnent une haute idée de l'état d'opulence et de considération dont ils jouissoient.

En combinant la date du contrat d'achat du Moulin par Garcie en 1407,  celle de son testament en 1487,  et celle du contrat de mariage de son quatrième fils l’année suivante, où il assista, il devoit avoir cent ans au moins quand il est mort. II eut de son mariage;

(Note : La Chesnaye-Desbois a fait une erreur dans la mise en page du manuscrit. Il a placé Françoise, fille de Jean, seigneur d'Estillac et de Marguerite de Galard parmi les enfants de Garcie de Mondenard et de Miramonde d'Albret. Or, ils n'eurent qu'une fille mariée à Jean de Grossolles. Le texte mis en page ci-dessous prend en compte la correction de l'erreur qui malheureusement demeure dans l'édition de La Chesnaye-Desbois et trompe les généalogistes amateurs)

- 1. Jean , qui suit ; (Désigné comme Jean I du nom)

- 2. un autre Jean,  Seigneur d'Estillac, qui, de Marguerite de Galard de Brassac, sa femme, fille du Seigneur et Marquis de Terraube, eut deux fils, qui acquirent beaucoup de réputation dans les armes: mais qui n'ont point laissé de postérité;

— et IX Françoise, mariée à François de Lasseran de Masscncommc , qui hérita de la Terre d'Estillac à la mort de ses frères. De ce mariage est sorti — Blaise de Monluc, Maréchal de France: L’on voit encore le Mausolée de cet homme illustre dans les ruines du Château d'Estillac. Le P. Anselme s'est trompé dans son Histoire des Grands Officiers de la Couronne, en fixant l’époque du mariage de Françoise de Montdenard, avec François de Lasseran de Massencomme, en 1509 , puisque Blaise de Monluc, leur fils, étoit né l’an 1504, suivant ce qu'il rapporte lui-même dans ses Commentaires, Tome I, p. 8.

- 3. Pierre de Mondenard, qui fut d'Eglise, & Directeur de Sainte-Colombe; 

(Note: Dans un autre document, il est question de Bertrand de Mondenard, seigneur de Sainte-Colombe.)

- 4. Un troisième Jean , Seigneur de Roquelaure et de plusieurs autres Fiefs, auteur de la seconde branche, rapportée après Jean I, son frère; 

 5. et Henriette de Mondenard , mariée à Jean de Grossolles, Seigneur de Saint-Martin et du Castera, dans le Comté de Lomagne.. 

(Note: Dans les preuves de noblesse de l’un des descendants, il s’agit d’Odette de Mondenard et non d’Henriette; mais en 1775 Henriette rappelait le souvenir de plusieurs rois)

VIII. Jean de Mondenard , I. du nom, Seigneur, Baron de Moncaut, et en partie de Sainte-Colombe, épousa Bertrande de Durfort, dont il eut:

IX. François de Mondenard, Baron de Moncaut, marié à Catherine de Faudoas , dont il eut deux filles : — Antoinette, qui fut mariée, en 1550, à Bertrand de Lauriere, Seigneur et Baron d'Andas, Chevalier de l’Ordre du Roi, et Capitaine de 50 hommes d'armes de ses Ordonnances, dont les descendants jouissent encore de la Terre et Baronnie de Moncaut ; — et Anne , sa sœur puînée , mariée, par contrat du 9 aout 1541, avec Antoine de Montesquiou , Seigneur de Gelas surnommé le Capitaine de Sainte-Colombe. II se maria en secondes noces, avec Madeleine d'Aydie, veuve d'Antoine de Montesquiou, Seigneur et Marquis de Xaintrailles, dont il n'eut point d'enfants. De son premier lit vint postérité.

VIII. Jean de Mondenard, II. du nom, quatrième fils de Garcie, et de Miramonde d'Albret, eut pour apanage la Terre de Roquelaure, plusieurs autres Fiefs, et les biens que son père avoit eus, pour légitime, fur la Baronnie de Mondenard. De son mariage avec Jeanne de Vìlhères, qu'il épousa, par contrat du 30 Octobre 1488 , il eut: …

Pour comparer, voir ci-dessous la mise en page fautive de La Chesnaye-Desbois où Françoise Dame d'Estillac est la 5e enfant de Garcie et Miramonde alors qu'elle devrait être la 3e enfant du Seigneur d'Estillac et de Margueritte de Galard.

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Note: Nous donnerons ultérieurement la suite de chacune des branches sur des pages séparées. Nous corrigeons Jeanne de Villiers en Jeanne de Vilhères, comme l'indique une donation actée devant notaire en 1488.

Acte de donation de Garcie de Mondenard à son fils Jean de Mondenard, le 30 novembre 1488, confirmant sa précédente donation du 8 novembre 1488 à l'occasion du mariage de son fils avec Demoiselle Jeanne de Vilhères. Acte passé à Sainte-Colombe (diocèse de Condom) devant maître Pierre Mathey, notaire habitant de Gondrin (diocèse d'Aux)

Au nom du Seigneur, ainsi soit-il; que tous et chacun de ceux tant présents que futur qui verront, liront et entendront lire ce présent acte public sachent que dernièrement quand l'accord et convention de mariage eurent été faits, puis quand le dit mariage eut été promis et célébré en face de Notre Mère la Sainte Église et qu'il été consommé, comme on a lieu de le penser par et entre Noble Jean de Mondenard, fils naturel et légitime de Noble et Puissant Seigneur Garcie de Mondenard, Seigneur de Moncaut, d'Estillac et de Roquelaure et co-seigneur de sainte-Colombe, d'une part et d'autre part par Noble Demoiselle Jeanne de Vilhères autrefois Dame de Camicas, fille naturelle et légitime de feu Noble Homme Arnault de Vilhères, de son vivant Seigneur de Camicas.

Dans l'acte et contrat dudit mariage, le Noble Garcie de Mondenard père dudit Noble Jean, a promis de donner tant pour avant que pour après, en contemplation dudit mariage audit Noble Jean de Mondenard son fils, par une donation pure et simple, gratuite et irrévocable entre vifs, pour le présent et en vue dudit mariage sans se réserver le pouvoir de la révoquer pour cause d'ingratitude, ou pour quelqu'autre sujet que se puisse être, mais voulant qu'elleexiste et dure toujours et a véritablement donné les meubles et effets, lieux, domaines, droits, biens, héritages ci-dessous dénommés et qui suivent par ordre:

1e- Tout un lieu ou château nommé Roquelaure avec toute sa juridiction, ou seigneurie, sa domination et sa justice tant haute que basse et moyenne, soit qu'elle soit indépendante ou non, et tout droit de l'exercer; ensemble tous les édifices, bâtiments et héritages, possessions, terres cultivées et incultes, les lieus déserts et abandonnés, ainsi que les autres, en vignes avec toutes leurs redevances obligatoires, cens, revenus, mouvances, produits, rentes et toutes autres choses appartenant audit seigneur donateur avant ladite donation ou la ratification d'icelle.

2e- Dans la juridiction de Laplume: redevances, rentes, cens, revenus, vassaux, feudataires,, droits et émoluments que ledit seigneur possédait avant la dite donation exceptés pourtant les oblies, cens et revenus, redevances qu'il avait dans la paroisse de sainte-Radegonde et sa juridiction qu'il s'est réservé et qu'il se réserve.

3e Terre de La Montjoie, diocèse de Condom: redevances, cens, revenus, produits, domaines, droits, actions.

4e Terre du Pergain, diocèse de Lectoure: redevances, cens, revenus, produits, rentes, droits et actions.

5e Terre de Ligardes, diocèse de Condom: oblies, cens, revenus, produits, rentes, droits, actions et redevances.

6e Terre, juridiction et dépendances de Carrejelard: oblies, cens, revenus, produits, droits, émoluments, rentes et autres redevances.

Le régime de la dot est celui des coutumes des Comtes d'Armagnac et de Fezensac.

Garcie de Mondenard se réserve le lieu de Sainte-Radegonde pour finir ses jours.

Les témoins à l'acte dans l'ordre :

- Honorable et Noble Seigneur et Maître Jean de Durfort, autrefois seigneur de Bajamont, chanoine de l'église cathédrale d'Agen

- Pierre Doré, bachelier et juge majeur d'Agen,

- Jean de Bouzet, seigneur de Loze et de Roquépine,

- Terral de Baulata, seigneur de Boalata,

- Raymond Le Serre, serviteur du seigneur de Camicas, Jean et Eude Le Serre

- Bernard d'Aydie, seigneur d'Aurensan

- Jean de Cassanhes, seigneur de Buzeau et de Villeneuve

- Pierre Mathey, notaire

Recopier la totalité de l'acte n'était pas indispensable. L'énumération des six lieux donnés par Garcie à son plus jeune fils montre l'étendue de ses possessions.

Les témoins cités révèlent les autres intérêts.

Jean de Durfort ne représente pas seulement l'Église il est aussi partie dans la branche de Moncaut et Sainte-Colombe, Bernard d'Aydie est d'Aurensan où se trouve le château de Camicas; Terral de Baulat serait-il un proche de la branche d'Estillac ? Jean de Bouzet est le plus proche voisin du jeune marié. La famille Le Serre accompagne la jeune mariée, Jean de Cassanhes est à Laplume proche du Vicomte du Bruilhois.

À partir du mariage de Garcie et de Miramonde nous allons suivre leurs descendants dans des chapitres distincts, d'abord la branche des Barons de Moncaut avec celle de Sainte-Colombe qui lui fut rattachée, ensuite la branche des seigneurs d'Estillac et enfin celle des seigneurs de Roquelaure dont nous avons l'étendue des possessions dans l'acte de donation de Garcie à son plus jeune fils.