11 L’Inquisition et la paix par le feu (1228 – 1243)
En novembre 1228 des pourparlers de paix furent entamés entre le Comte de Toulouse et le Roi de France par l’intermédiaire de l’Abbé de Grandselves.
Le traité de Paris du 12 avril 1229 fut humiliant pour Raymond VII de Toulouse, mais le jeune Comte tenait trop à la levée de son excommunication et au rétablissement de ses droits sur le comté de Toulouse pour faire marche arrière. Le traité prévoyait la destruction des fortifications d’une trentaine de villes de langue d’Oc, parmi lesquelles Puycelci, Moissac, Montcuq pour ne parler que des plus proches de la seigneurie de Mondenard. En plus, certains donjons ou château devaient être occupés par les troupes du Roi de France pendant dix ans, en particulier le château de Montcuq. Raymond VII devait s’engager à marier sa fille Jeanne de Toulouse à Alphonse de Poitiers frère du Roi de France et seul leur héritier pourrait leur succéder au Comté de Toulouse. ( Les événements ultérieurs conduisirent 40 ans plus tard à la mort de l'héritier potentiel et à la récupération de tout l'héritage du comte de Toulouse par le roi de France)
Le Traité de Paris n’amena pas la paix et l’Inquisition se fit implacable. Elle contraint le comte de Toulouse à la sévérité vis à vis de ses vassaux soupçonnés de catharismes. Il y eut de nombreux foyers cathares en Quercy. L’histoire de l’Inquisition nous apprend que la religion des Bonshommes se trouvait tout autour de Mondenard : à Montpezat où le Seigneur Armand de Montpezat fut condamné à être emmuré vivant, mais aussi à Castelnau-Montratier, Montcuq, Sauveterre et Beaucaire près de Lauzerte. Des familles entières de paysans furent brûlées vives. Plusieurs familles seigneuriales furent dépossédées de leurs terres qui devinrent pour la plupart des propriétés de l’évêque de Cahors. Certaines églises furent rattachées à l’évêché de Cahors pendant plusieurs années avant de revenir plus tard à l’abbaye de Moissac dont elles dépendaient avant l’Inquisition. C’est à cette époque, vers 1230 – 1235, qu’Hermangarde de Mondenard, épousa Vital de Montaigut et permit ainsi à la famille de Montaigut de détenir la part la plus importante de Mondenard et de fortifier solidement le château.

Complément: Grâce à Jean Duvernoy qui a rendu accessible les Cahiers de Bernard de Caux nous avons la relation d'une Inquisition du 29 février 1244 qui concerne des descendantes d'Arnaud Bernard de Mondenard et de Peironela de Bruniquel-Toulouse

INTERROGATOIRE DE PEREGRINA, VEUVE DE GUILLAUME GASC

L'an du Seigneur 1243, le 2 des kalendes de mars (29 février 1244) Pérégrina, veuve de Guillaume Gasc, qui fut demoiselle de l'épouse du Comte de Toulouse, sœur du roi d'Aragon(1), ayant prété serment, dit :

Dans mon enfance, j'ai vu à Rabastens la mère de Pelfort, seigneur de Rabastens(2) et deux soeurs de ce Pelfort, parfaites dans leur propre maison. Et j'ai vu là avec elles madame Orbria, épouse dudit Pelfort, et deux demoiselles dont je ne me rappelle pas le nom. Mais je n'ai pas adoré ni vu les autres adorer. Je fus là trois jours.

Il ya quarante ans ou environ.

J'ai donné une fois à manger à quatre Vaudois à Moissac dans la maison de Pierre Ortola, qui est mort. Mais à l'époque l'Eglise ne poursuivait pas les Vaudois(3). J'ai appris une prière de ces Vaudois.

Par ailleurs je n'ai pas vu ou cru d'hérétiques, et je n'ai jamais entendu la prédication des Vaudois. (Interrogée sur l'époque de ces Vaudois) : Il n'y a pas vingt ans, mais il peut y avoir quinze ou seize ans. J'ai cru alors que les Vaudois étaient de bonnes gens et que leur foi était bonne, jusqu'à ce que j'entende dire que l'Eglise les poursuivait, Et j'ai appris d'eux une prière.

Elle abjura l'hérésie et jura de se tenir aux ordres de l'Eglise et de poursuivre les hérétiques. Témoins Arnaud Serdan, Bernard de Ladinhac.

______________________________ 1. Eléonor, femme de Raimond VI. 2. Rabastens, Tarn. Il participe au traité de paix entre Toulouse et Rabastens en 1202-1203 (HL VIII, 477,491), octroie la charte de la ville avec son frère Pierre-Raimond en 1211 (ibid., 602); témoin en 1218 de l'engagement par Raimond VII de l'Islemade (ibid., 698), de la donation de Montauban au comte de Foix en 1220 (734); cojureur de la charte de Moissac en mars 1222 (749); témoin aux fiançailles de Comtoresse, fille de Maffré de Rabastens avec Bertrand de Toulouse en 1224 (81 et ss.); de la charte de Bourret en 1230 (993). Il prête serment en mars 1243 après la paix de Lorris avec Maffre (1115). Il avait épousé la fille de Jourdain de l'Isle et d'Esclarmonde de Foix. 3. Cf Duvernoy, "A l'époque, l'Eglise ne poursuivait pas les Vaudois", dans I Valdesi e l'Europa, Torre Pelllice, 1882, pp. 27-38.

Cahiers de Bernard de Caux – Jean Duvernoy

La mère de Pelfort de Rabastens est Braïda de Mondenard. Les deux soeurs de Pelfort sont parfaites dans leurs maisons, il s'agit d'Esclarmonde et de Gaillarde. L'autre soeur Fina mariée à Aymeric Sicart de Lautrec et remariée à Isarn de Tauriac semble moins impliquée, la femme de Pelfort est elle même en relation avec le valdéisme. Un autre interrogatoire des mêmes inquisiteurs effectué six mois plus tard le 26 aout 1244 confirme le précédent.

INTERROGATOIRE DE MADAME FINAS, EPOUSE D'ISARN DE TAURIAC

L'an du Seigneur 1244, le 7 des kalendes de septembre (26 aout 1244), madame Finas, épouse d'Isarn de Tauriac, ayant juré de dire la vérité en matière d'hérésie, dit :

Quand j'étais petite fille, j'ai vu ma mère Braida et ma soeur Esclarmonde parfaites. Ma mère parfaite habitait sa propre maison, et moi j'habitais avec mon frère Pelfort de Rabastens(1). Je n'ai jamais adoré ces parfaites, ni vu adorer, que je me rappelle. Je n'ai jamais vu ledit Pelfort adorer. A l'époque, les parfaits résidaient publiquement à Rabastens dans leurs maisons.

Il y a quarante ans ou environ.

Item je résidai à Lautrec dans le diocèse d'Albi avec mon mari Aymeric-Sicard(2). Je vis là la parfaite Boeria, soeur d'en Frésoul de Lautrec(3) résidant publiquement dans sa maison. Et j'ai vu là plusieurs parfaits et parfaites résidant publiquement à Lautrec. J'ai plusieurs fois rendu visite à cette Boeria avec les autres dames, mais je ne l'ai jamais adorée, pas plus qu'un autre parfait, quand j'étais à Lautrec.

Et je n'ai jamais adoré depuis, ni vu Aymeric-Sicard avec des parfaits. Il y a trente ans ou environ.

Item à Villemur dans ma maison, j'ai vu les parfaits Guillaume del Soler et Bernard de Lamothe. Et j'ai vu là Isarn de Saint-Michel, son père Vital Faure et Pierre Pague, qui amenèrent là ces parfaits, Béatrice, femme d'Isarn de Saint-Michel, Mathelio de Cos et Guillemette de Pugnières(4) .Et tous, ainsi que moi, entendirent la prédication de ces parfaits, qui faisaient leur propre éloge et disaient du mal de l'Eglise romaine et des clercs. Ils disaient que l'hostie consacrée n'est que du pain pur et simple, que le mariage et le baptême ne servent à rien, que ce que Dieu a fait ne passera pas, et que la chair de l'homme, une fois morte, ne ressuscite pas. Mais je ne croyais pas que ces erreurs fussent vraies.

Et tous, ainsi que moi, adorèrent là ces parfaits trois fois, les genoux fléchis en disant: "Bénissez, bons hommes, priez Dieu pour nous", et eux disaient :"Dieu en soit prié".

__________________ 1. Cf supra, p. 47, n. 2.- Il était allé voir des parfaits à Lautrec dans la maison de l'abbaye de Candeil (Doat XXIV, f° 115 r°). 2. De Lautrec. 3. Seuls renseignements attestant la compromission des Lautrec dans le catharisme. Sur les Lautrec, v. P. Zalmen-Ben Nathan, La vicomté de Lautrec aux XIIIème et XIVème siècles, Th. Lettres dact., Toulouse 1981. 4. Commune de Teulat, canton de Lavaur, Tarn.

Cahiers de Brnard de Caux – Jean Duvernoy 106

Ainsi nous savons avec certitude que Braida de Mondenard épouse du seigneur de Rabastens, l'une des filles d'Arnaud Bernard de Mondenard et de Peironella de Toulouse-Bruniquel était parfaite, de même que deux de ses filles: Esclarmonde et Gaillarde.