4 - Les seigneurs de Mondenard au XIIe siècle (1144-1203)
François Moulenq et d’autres historiens à sa suite, considèrent que la famille de Mondenard et celle de Montaigut (ou Montagu) ont une origine commune et qu’elles formaient une branche de la puissante maison de Gourdon-Castelnau. Ils donnent plusieurs preuves. Dans un acte passé à St-Antonin en avril 1177, le chevalier Guiraud de Gourdon de Montaigut porte son nom patronymique suivi exceptionnellement du nom de sa terre. La seigneurie de Montaigu qui avait été remise par un Gourdon au comte de Toulouse fut rendue quelques années plus tard à un Montaigut. Armand de Mondenard et Arnaud de Montaigut apparaissent comme co-fondateurs en avril 1166 de l’abbaye de Francou avec Pons de Gourdon, Bertrand de Durfort et ses frères. Cette abbaye fut édifiée à la confluence des rivières de la Lupte et de Lemboulas. Armand et Arnaud étaient-ils frères, comme l’a écrit l’historien Lacoste et comme il était fréquent à l'époque que des frères ne portent pas le nom de leur père mais celui de leur terre ? C’est probable, pas absolument certain, mais ils devaient avoir nécessairement de forts liens de parenté pour faire la donation d’un bien qu’ils avaient en commun.
Certains prénoms à la mode au douzième siècle comme Arnaud et Bertrand ont traversé les époques jusqu’à nos jours, d’autres peuvent nous surprendre. Baptiser sa fille Onors ou Braïde, son fils Cenabrun, Guiraud ou Tondut n’était pas rare à cette époque, le calendrier des saints ne les avait pas encore démodés.
L’histoire a retenu que Arnaud-Bernard de Mondenard, Seigneur de Mondenard maria sa fille prénommée Onors à Bertrand de Durfort. Onors vient du latin qui signifie honneur, mais le monde féodal lui donnait plutôt le sens d’hommage. Onors de Mondenard est née peu après le pontificat du Pape Honorius II, ceci explique sans doute cela.
Les possessions des seigneurs de Mondenard étaient très étendues, mais aussi très dispersées. Dans l’impossibilité d’en dresser la liste exhaustive, nous devons nous contenter de quelques exemples significatifs. En 1144, Cenabrun de Mondenard fait don à l’abbaye de Moissac de biens qu’il possédait à Meauzac sur la rive gauche du Tarn (AD82 – G689). De leur côté Arnaud-Bernard de Mondenard et sa sœur Braïde font en 1163 le don d’une propriété appelée Vacarescas aux moines de l’abbaye de St-Marcel située sur les bords de l’Aveyron. (Gall. Chr. I, 182). Tondut de Mondenard, donne le 11 avril 1174 au monastère de St-Théodard à Montauban ce qu’il possédait au village du Fau entre le Tarn et le Tescou.(AD82-Cart. de St-Th, f°25). L’année suivante, Arnaud de Mondenard est cité comme le seigneur de la terre de Caragas située entre Castelsarrasin et Moissac en bord de Garonne. (AD82-G692). Le jeune Tondut de Mondenard vendit des biens à Lizac sur la rive du Tarn avec sa mère Huguettte en 1203 et 36 ans plus tard il en vendit d’autres qu’il possédait en commun dans la même paroisse avec son neveu Raimond de Castagnier. Du Lot au Tarn et au Tescou, de l’Aveyron à Garonne, la famille de Mondenard est présente dans toute la moitié Sud du Quercy.

Compléments:

Didier Panfili propose une généalogie où le Seigneur de Mondenard dont on ignore le prénom mais qui peut être fils ou plus probablement neveu de Cénebrun de Mondenard est marié avec Peironela de Toulouse, potentiellement vicomtesse de Bruniquel, ses frères n'ayant pas de postérité. Mais son cousin Pons de Toulouse, et dans une moindre mesure la soeur de celui-ci mariée à Armand de Monpezat étaient aussi sur les rangs

Vicomte_BruniquelPamfili

Arnaud-Bernard de Mondenard était donc un héritier possible de la Vicomté de Bruniquel quand il se marie à Aigline de Penne, fille d'Amiel-Audiguier de Penne et d'Esclarmonde. C'est précisément ce que le Comte de Toulouse ne voulait pas. (Aigline est morte en 1184).

Raymond V va conclure le 1er avril 1176 un accord avec Armand de Monpezat, B. de Monpezat son frère et Bertrand de Villemur qui reçoivent du comte contre serment et hommage les castra de Monpezat, Caylus et Monclar. Ils s'engagent à ne conclure aucun accord avec Pons de Toulouse le seul prétendant au titre de Vicomte de Bruniquel. Pons est ainsi évincé et le titre disparait.

Arnaud-Bernard de Mondenard ne fut donc pas Vicomte de Bruniquel et la génération de ses enfants confirme d'une part son absence d'héritier mâle et d'autre part l'introduction du catharisme dans sa descendance. Ses deux filles aînées font des mariages avec des familles importantes: Honors épouse Bertrand de Durfort, Esclarmonde de Mondenard est mariée à Raymond de Lavaur et Braide de Mondenard épouse le seigneur de Rabastens. Braide sera convaincue de catharisme ainsi que deux de ses filles: Esclarmonde et Gaillarde, parfaites.

Le comte de Toulouse croyait avoir assujetti Bernard de Durfort en lui confiant le castrum de Brassac qu'il venait de rénover. Mais six ans plus tard, Bernard de Durfort comprenant qu'il n'a rien à attendre de mieux du Comte de Toulouse revend Brassac pour 300 marcs au roi d'Angleterre et s'installe en Agenais. Cette rupture d'alliance des Durfort va entraîner une méfiance du comte à l'égard des Mondenard. Les deux familles étaient très proches: Arnaud-Bernard de Mondenard avait chevauché de concert à Obazine en Limousin avec son futur compère pour assister à une donation dans cette abbaye cistercienne (en 1178-79) et ils iront aussi ensemble à Vaour pour une autre donation en 1184 avec les mêmes témoins Hugues de Bruguières, Guillaume de Penne et Bernard de Mausonesca.(Cartulaire d'Obazine et Cartulaire de Vaour)

Plus tard en février 1214 la famille de Mondenard eut l'occasion de marquer son soutien au comte de Toulouse contre Simon de Montfort et la Croisade, puisque Bertrand de Mondenard, frère d'Armand livrera au Comte de Toulouse son demi-frère Beaudoin passé à l'ennemi. Beaucoup se sont interrogés sur les motivations de Bertrand de Mondenard à prendre ce risque courageux qui a fait couler beaucoup d'encre et en fait couler encore au XXie siècle.